Made with racontr.com

Une région clé en Espagne

Avec 32.113 km², la Catalogne est une communauté autonome de taille modeste, ne comptant que pour 6,35 % de la superficie espagnole totale.

C’est la sixième « région » la plus grande du royaume. Si le nord de la Catalogne dispose d’un relief difficile, avec la chaîne pyrénéenne et ses contreforts, comme le massif du Cadi-Moixero, la côte est une zone fortement peuplée et industrialisée. On y trouve ainsi l’agglomération de Barcelone, qui compte plus de 5 millions d’habitants et qui est la deuxième d’Espagne après Madrid, mais aussi celle de Tarragone, de près de 400.000 habitants. La Catalogne est donc une région fortement urbanisée.

alt

26 621€

PIB/habitant

Superficie

La Catalogne comptait au 1er juillet 2015, 7,4 millions d’habitants, selon l’INE (Institut statistique espagnol), soit 15,94 % de l’ensemble de la population de l’Espagne (46,4 millions d’habitants). Parmi les 19 « communautés autonomes » que comptent le Royaume, seule l’Andalousie avec 8,4 millions d’habitants, est plus peuplée que la Catalogne.

Population

En 2014, la Catalogne affichait un PIB de 197 milliards d’euros, soit 18,92 % de la richesse espagnole. En valeur absolue, le PIB catalan est plus important que celui de l’Irlande, de la Grèce ou du Portugal. La Catalogne pourrait ainsi prétendre à la septième place dans le classement des pays les plus riches de la zone euro. 

La « septième économie de la zone euro »

alt

La Catalogne est une région fortement industrialisée : le secteur manufacturier représente 18 % du PIB de la région. En Espagne, cette proportion n’est que de 15,5%.  Cette industrialisation permet à la Catalogne d’être l'une des régions les plus exportatrices du pays et de profiter davantage de la reprise. En 2015, les exportations catalanes ont progressé de 6 % contre 4,3 % pour l’Espagne. L’autre grande force de la Catalogne, c’est le tourisme : 14 millions de personnes l’ont visitée en 2015, principalement grâce à la côte et à la ville de Barcelone. Du coup, la croissance est plus forte en Catalogne qu’en Espagne : 1,6 % contre 1,3 % en 2014 et 3,2 % contre 3,1 % en 2015. Le chômage y est aussi moins élevé : 17,7 % à fin 2015 contre 20,9 % en Espagne. 

Une région en croissance

Avec un PIB par habitant de 26.621 euros, la Catalogne dépasse la moyenne espagnole (21.600 euros) de près de 20 %. Logiquement, le budget de la Catalogne est le plus important du Royaume avec 29,46 milliards d’euros en 2015. Mais ce budget est aussi celui qui affiche le déficit le plus important, avec un besoin de financement de 2,3 milliards d’euros. 

Un budget et un déficit élevés

La formation de la « nation catalane » en dix dates

« Ja soc aquí » 

878

alt

1977

alt
alt

987

Les origines de la Catalogne


Conquise par les Arabes au 8e siècle en même temps que la plus grande partie de la péninsule ibérique et du Languedoc, la Catalogne est reconquise par Charlemagne en 801. En 878, alors que l’empire carolingien se disloque, Guifred le Velu unifie une grande partie de la Catalogne  qui est alors désignée comme le « Comté de Barcelone. » C’est un territoire dépendant de l’empire franc et du royaume de Francie occidentale (qui deviendra la France). 

L’émir Al-Mansour tente de reconquérir la Catalogne et finit par prendre Barcelone en 987. Le comte Borell II demande l’aide de son suzerain le roi de France. Hugues Capet, roi en 987, fait mine de se préparer et profite de l’occasion pour faire couronner son fils Robert II de son vivant, véritable acte de naissance de la dynastie capétienne. Mais Borell II est abandonné à son sort et doit organiser par ses propres forces la résistance et la reconquête. En 988, le lien de vassalité avec la France n’est plus que théorique. C’est la première indépendance de la Catalogne qui devient à la fin du 11e siècle, une principauté (Principat), terme encore utilisé aujourd’hui pour désigner la région. 

La prise de Barcelone par Al-Mansour

1162

Union avec le Royaume d'Aragon

Le comte de Barcelone Alphonse le Chaste unifie l’ensemble des comtés catalans et le royaume d’Aragon, qu’il hérite de sa mère Pétronille. Dès lors, Barcelone devient la capitale d’un royaume puissant qui va reprendre aux Musulmans la région de Valence et les îles Baléares après avoir échoué à s’implanter en Languedoc. Au 14e siècle, les armées catalanes sont considérées parmi les plus puissantes d’Europe. L’Aragon s’implante en Sardaigne, en Sicile, dans le sud de l’Italie et jusqu’en Grèce. 

1283

Les constitutions catalanes

Dans le royaume d’Aragon, le Principat conserve ses lois propres et ses traditions. Le Roi doit prêter serment sur les libertés catalanes. En 1283, le parlement de Barcelone (les "Corts"), composé de bourgeois, de nobles et d’ecclésiastiques, promulgue une série de lois qui doivent être ratifiées par le souverain. Ces libertés constituent alors l’essence de l’identité catalane préservée dans le royaume d’Aragon, puis dans celui d’Espagne. 

alt

1472

Le roi d’Aragon, Ferdinand le Catholique, épouse la reine de Castille, Isabelle. Cette union dynastique représente la naissance de l’Espagne. Mais chaque royaume conserve ses lois et ses droits. La Catalogne préserve ses libertés. Elle entre cependant en décadence relative. La Castille s’impose comme le cœur de l’Espagne. L’exploration du Nouveau Monde part d’Andalousie plutôt que de Catalogne et enrichit les grands de Castille, principalement. La fusion de l’Espagne dans l’Empire Habsbourg réduit encore un peu le poids catalan dans cet ensemble.

L'union avec

la Castille

alt

1934

1640

La première indépendance

1714

La prise

de Barcelone

Lors de la Guerre de Succession d’Espagne, qui oppose le Bourbon Philippe V, neveu de Louis XIV, au Habsbourg autrichien Charles, la Catalogne choisit ce dernier, jugé meilleur défenseur de son autonomie. Mais les Autrichiens acceptent en mai 1714 une paix séparée où ils reconnaissent Philippe V. Ce dernier assiège Barcelone qu’il soumet le 11 septembre 1714. Pour châtier les Catalans, il abolit leurs libertés avec les décrets de Nueva Planta. La Generalitat et les Corts sont supprimés. La Catalogne bénéficie cependant au cours du 18e siècle d’une forte croissance économique favorisée par les Bourbons. 

En 1931, la victoire des Républicains aux municipales provoque la fuite du roi Alphonse XIII. En Catalogne, Francesc Macia, le leader de la Gauche républicaine catalane (ERC) qui a remporté le scrutin dans le Principat, proclame le 14 avril la « république catalane dans une confédération ibérique. » Cette proclamation, qui précède d’une heure celle de la république espagnole, oblige le gouvernement espagnol à négocier et à accorder une large autonomie à la région : la Generalitat renaît et Macia en devient le premier président. Son successeur, Lluis Companys (photo), doit faire face en 1934 à une majorité conservatrice en Espagne. Alors que les mineurs asturiens se soulèvent, il proclame à son tour la « république catalane dans la fédération ibérique. » Mais l’armée espagnole intervient et dissout la Generalitat. Le statut catalan est suspendu. Il sera rétabli avec la victoire du front populaire en 1936 et, durant la guerre civile, la Catalogne est le nerf de la résistance. Barcelone tombe en mars 1939 aux mains du général Franco. Lluis Companys, réfugié en France sera livré par les Allemands et fusillé en octobre 1940. 

La politique centralisatrice des rois d’Espagne commence à rencontrer au 17e siècle des résistances. Lorsque les armées espagnoles occupent la Catalogne pour attaquer la France, les paysans de Gérone se soulèvent en mai 1640. L’insurrection se propage et le président de la Generalitat, le gouvernement nommé par les Corts, Pau Claris, proclame la république catalane. Pour soutenir la contre-attaque espagnole, on demande l’aide de la France. Louis XIII est proclamé comte de Barcelone et les Espagnols sont battus en 1641 à Monjuïc devant Barcelone. La Catalogne restera française jusqu’en 1652, puis, lors du traité des Pyrénées, en 1659, sera divisée en deux : la partie qui est au nord du massif pyrénéen devient française (c’est le futur département des Pyrénées-Orientales).

1931

Deux

proclamations

de la république

1907

alt

Le 19e siècle espagnol est très agité, marqué par des guerres civiles et des coups d’Etat. Après l’échec de la Première république (1873-74), le nationalisme catalan, inspiré par la renaissance des nations ailleurs en Europe, connaît une forte poussée. En 1905, un hebdomadaire satirique catalaniste, Cu-Cut !, publie des dessins féroces contre l’armée espagnole. Madrid y répond en promulguant des lois répressives contre les attaques à « l’armée et à la patrie. » Pour y faire face, les partis nationalistes forment la Solidaritat Catalana, une alliance qui remporte tous les sièges de la région aux élections de 1907. Madrid accepte alors en 1914 la création d’un gouvernement local limité, la Mancommunité, supprimée en 1923 avec la dictature de Primo de Rivera. 

Première victoire aux

élections des autonomistes

Durant la période franquiste, le nationalisme catalan est étouffé. La langue catalane est interdite. Avec la mort du dictateur en 1975, s’ouvre la transition démocratique où la question de la Catalogne est centrale. La reconnaissance de sa particularité s’impose peu à peu. Le geste le plus symbolique en est le retour du président en exil de la Generalitat, Josep Taradellas, qui prononce au balcon du palais de la Generalitat ces mots : « Ja soc aquí » (« Je suis de retour ») en octobre 1977. Les nationalistes catalans participent à la rédaction de la constitution de 1978. Un pacte est passé : la Catalogne accepte de demeurer dans le cadre du royaume d’Espagne et de participer à la solidarité nationale moyennant une large autonomie et une reconnaissance de sa culture. Les autonomistes modérés, menés par Jordi Pujol, sont les artisans de ce pacte. Ils remportent les élections catalanes de 1980 et Jordi Pujol sera président de la Generalitat jusqu’en 2003. 

alt
alt

ESPAGNE

CATALOGNE

173

189

177

197

PORTUGAL

GRECE

CATALOGNE

IRLANDE

7,4 millions

Population

32 113 km²

Superficie

PIB 2014

(en milliards d'euros)

Source : Eurostat

De l'autonomisme

à l'indépendantisme

alt

De 1980 à 2010, l’indépendantisme catalan est un sentiment marginal dans la communauté autonome. Le seul parti à le défendre est ERC qui ne dépasse que rarement les 15 % des voix aux élections. En 2003, pour mettre fin au règne de Jordi Pujol, ERC préfère s’allier avec les Socialistes catalans, pourtant favorables au maintien dans l’Espagne. Mais tout change avec le projet de nouveau statut, adopté en 2006, qui prévoit d’accorder davantage d’autonomie à la Catalogne, notamment sur le plan fiscal. Ce statut est adopté par les Cortès espagnols et par les Catalans par référendum, et avec une majorité de 73 % des votants (avec un faible taux de participation de 48 %). Mais les députés conservateurs du Parti populaire rejette ce statut qui leur semble un danger pour l’unité du pays et saisissent le tribunal constitutionnel.

L'épineuse question du "déficit fiscal"

Le 28 juin 2010, ce tribunal censure et annule 14 articles du statut, dont la reconnaissance de la nation catalane et la primauté du catalan. Mais les pouvoirs de la Generalitat sont aussi fortement réduits en matières judiciaires et fiscales. En Catalogne, la réaction est vive, elle donne naissance au sentiment que l’évolution de l’autonomie, base du pacte de 1978, n’est plus possible. Et que, en conséquence, il faut passer à l’indépendance. De nombreuses associations souverainistes se créent alors et organisent d'importantes manifestations le jour de la Diada, le 11 septembre. L’autonomisme politique est marginalisé.

Artur Mas, président de la Generalitat et « dauphin » de Jordi Pujol, prend des positions de plus en plus indépendantistes.

Le phénomène est renforcé par la crise qui frappe l’Espagne en 2011 et conduit le gouvernement de Madrid à mener une politique d’austérité. Ces politiques alimentent l’envie de séparation d’un Etat qui réduit sa protection sociale. L’indépendantisme de gauche, menée par ERC et, plus à gauche encore par un nouveau parti, la CUP, en sort renforcé. Le 9 novembre 2014, Artur Mas, encouragé par l’exemple du référendum du 18 septembre en Ecosse, décide d’appeler à un référendum sur l’avenir de la Catalogne (regarder la vidéo). Le tribunal constitutionnel espagnol interdit tout scrutin officiel, mais la Generalitat et les associations indépendantistes organisent un scrutin officieux qui accorde 1,8 million de voix à l’indépendance. 

Face au refus de négocier de Madrid, les positions se durcissent . Artur Mas appelle en janvier 2015 à des élections parlementaires le 27 septembre qui devront trancher la question de l’indépendance en étant « plébiscitaires. » En juin, les Démocrates-chrétiens de l’Unió quitte CiU, l’alliance historique de Jordi Pujol. Artur Mas en profite pour s’allier avec ERC et les associations, et monter une liste indépendantiste, "Junts Pel Sí, Ensemble pour le oui". Mais la CUP refuse de s’y rallier. Le 27 septembre, les deux listes indépendantistes n'obtiennent que 48 % des voix, mais la majorité absolue des sièges. Le pari « plébiscitaire » est perdu, mais il n’existe pas de majorité alternative. La CUP, après avoir refusé de réélire Artur Mas à la présidence de la Generalitat en raison de sa politique austéritaire, accepte un nouveau président Carles Puigdemont en janvier. La majorité parlementaire indépendantiste est désormais solide. Le 9 novembre 2015, elle avait voté un texte invitant à faire prévaloir les décisions du parlement sur celles du tribunal constitutionnel espagnol. Ce texte a été censuré par les juges constitutionnels, mais s’il était respecté par le nouveau gouvernement catalan, ce serait la première rupture avec l’Espagne.

alt

Le "fédéralisme" 

espagnol en question

La constitution espagnole de 1978 est celle d’un Etat unitaire. A la différence des constitutions allemande ou italienne, l’Etat espagnol ne voit pas ses prérogatives lui être concédées par les communautés autonomes. Il accepte, au contraire, de leur en céder un certain nombre. La particularité, c’est que chaque communauté négocie ses propres transferts de compétences via un statut particulier qui fait l’objet d’une négociation avec l’Etat. C’est donc une décentralisation parfois avancée, mais asymétrique, ce qui crée parfois en Catalogne une certaine frustration. Cette asymétrie est gravée dans la constitution qui, par ailleurs, reconnaît au Pays Basque et à la Navarre, des droits particuliers en matière fiscale, par exemple l’impôt basque est levé par les Basques et fait l’objet d’une répartition négociée. Cette particularité est justifiée par les traditions « forales » de ces provinces qui ont jadis bénéficié d’une large autonomie. La Catalogne a souvent revendiqué un même traitement, en vain. 

De fait, la censure du statut de 2006 a provoqué un sentiment d’impuissance chez les Catalans, car il marquait l’impossibilité pour leur région d’aller plus avant dans la cession de compétences de l’Etat central. Il marquait aussi le refus de la Constitution d'acter la « pluralité nationale » de l’Espagne, malgré une large reconnaissance de la langue et de la culture catalanes. Aussi, l’avancée vers un fédéralisme réel – où le pouvoir partirait des régions qui concèderaient certains pouvoirs régaliens à l’Etat – semble impossible. Si les compétences régionales en Espagne peuvent paraître immenses, y compris au regard de certains Etats fédéraux, l’Espagne demeure un Etat fondé sur la centralité et l’unité de sa culture. Aussi, l’article 155 de la Constitution permet-il à l’Etat central de suspendre les autonomies lorsque l’unité nationale est en danger.

Ceci se traduit dans ce qui présente souvent comme l’argument de poids de l’indépendantisme catalan : le « déficit fiscal. » Ce déficit est la différence entre la contribution de la Catalogne aux recettes de l’Espagne et les dépenses réalisées par l’Espagne en Catalogne. Il est estimé à 8 % du PIB catalan, ce qui en ferait le plus important d’Europe. Les indépendantistes estiment qu’il est excessif et pointe du doigt le fonctionnement de l’Etat espagnol qui empêche de modifier cette participation jugée trop importante de la Catalogne à la solidarité intra-espagnole. Selon eux, c’est cette solidarité qui oblige la Catalogne à être en déficit et à demander, parfois, à son tour, l’aide de l’Etat central. Dès lors, ils défendent l’idée de rompre le lien « obligatoire » avec l’Espagne, ce qui, affirment-ils, rapporterait 5 milliards d’euros au budget catalan. 

alt

Le catalan,

vecteur d’une identité ? 

La langue catalane a souvent été traitée avec mépris comme un « dialecte espagnol », non seulement en Espagne, mais aussi à l’étranger. En réalité, le catalan est une langue à part entière, issue directement du latin, elle fait partie de la grande famille des langues romanes, comme le portugais, le français, le roumain ou l’italien, mais elle est plus proche de l’occitan que du castillan… 

Aujourd’hui, le catalan est donc parlé en dehors de la Catalogne. A Andorre, où elle est la seule langue officielle, mais aussi dans le Roussillon français, dans la Communauté valencienne, où elle est appelée « valencien », et aux Baléares, où elle subit quelques modifications. Elle est aussi pratiquée dans la ville sarde d’Alghero, comme un témoignage de la présence catalane dans l’île italienne. Le nombre de locuteurs peut atteindre jusqu’à 10 millions de personnes. A noter, qu’en Catalogne même, le Val d’Arran est une région de langue occitane – et c’est une région assez opposée à l’indépendance. 

Le catalan a une longue histoire littéraire et a connu son apogée au Moyen-âge où elle a été le vecteur d’une riche littérature poétique, mais aussi philosophique. Elle a été également la langue officielle du royaume d’Aragon et est devenue celle des provinces conquises par les monarques qui, souvent, pour remplacer les paysans musulmans chassés des terres reconquises ont utilisé des colons catalans.

Le catalan est utilisé aujourd’hui par moins de la moitié de la population catalane qui parle majoritairement castillan. Les locuteurs de langue maternelle ne représentent pas plus de 40 % de la population, malgré le développement des médias, des écoles et des universités en catalan. La langue reste donc un enjeu : le tribunal constitutionnel avait censuré les éléments du statut de 2006 qui donnait la primauté à la langue catalane. 

Les grands protagonistes

alt
alt

Carles Puigdemont,

l'homme que l'on n'attendait pas

Artur Mas,

un leader controversé

La CUP,

la gauche radicale qui monte

A 53 ans, c’est l’homme que l'on n’attendait pas. Le nouveau président de la Generalitat est apparu comme un personnage de consensus entre les indépendantistes le 10 janvier 2016, sortant de nulle part. Ancien journaliste à El Punt, journal en catalan, Carles Puigdemont est, assure-t-il, un indépendantiste de toujours. Il a rejoint le parti de Jordi Pujol et Artur Mas, Convergencia Democratica de Catalunya (CDC) dès 1983, à l’époque où ce parti était autonomiste. Sa carrière décolle en 2011 lorsqu’il remporte la mairie de Gérone au parti socialiste qui la détenait depuis 1977.

 

Dès sa nomination, il a fait scandale en Espagne en ne se référant pas au roi et à la constitution. Il a admis qu’atteindre l’indépendance serait difficile durant cette législature considérant que la Catalogne est « entre la post-autonomie et la pré-indépendance », ce qui semble représenter un pas en arrière vis-à-vis du programme indépendantiste. 

Dauphin de Jordi Pujol, Artur Mas est l’homme fort de la CDC depuis 2004. Chef de l’opposition jusqu’en 2010, il devient à cette date président de la Generalitat. Il est l’homme qui va convertir peu à peu la CDC en un parti indépendantiste. C’est lui qui décide le 9 novembre 2014 d’organiser une consultation sur l’indépendance, et, devant le refus de Madrid de négocier, de convoquer des élections. Il rompt alors en juin 2015 avec l’allié de Jordi Pujol, l’Unió, et devient chef de file des indépendantistes en poussant pour la création d’une liste commune avec ERC, Junts Pel Sí. 


Mais Artur Mas est un personnage controversé. A gauche, on critique son application à partir de 2011 de la politique d’austérité réclamée par Madrid. La corruption de la CDC, l’affaiblit également. Ces deux éléments ont conduit la CUP a refusé de le soutenir après le 27 septembre 2015. Le 20 décembre 2015, lors des élections générales espagnoles, la liste soutenue par Artur Mas a été dépassée par ERC, une première depuis 1978.

Manifestation

des unionistes


Ce parti de gauche radicale indépendantiste était, à l’automne dernier, l’étoile montante de la politique catalane. Fondée sur une implantation locale, la « Candidature d’Unité Populaire » est un parti anticapitaliste inspiré par le marxisme antiautoritaire et l’anarchisme qui ont une longue histoire en Catalogne. La CUP défend l’idée d’une déclaration unilatérale d’indépendance et d’une unité des pays de langue catalane.


Le 27 septembre 2015, la CUP obtient 8,2 % des voix, contre 3,5 % en 2012, et progresse de 3 à 10 députés. Mais le parti, indispensable à la formation d'une majorité indépendantiste, refuse de voter en faveur d’Artur Mas par deux fois. Le 27 décembre, invités à décider s’il faut ou non investir le président sortant, les militants de la CUP se divisent : 1515 voix pour, 1515 contre. Le 2 janvier, ses dirigeants refusent l’investiture. Mais une semaine plus tard, ils acceptent un accord sur le nom de Carles Puigdemont en « donnant » deux députés au groupe Junts Pel Sí, nécessaires à la majorité relative de ce dernier. 

Manifestation des indépendantistes 

alt

Les territoires

catalophones

Ancien champion de natation, militant des jeunes du Parti populaire (PP), Albert Rivera est né à Barcelone en 1979. En 2006, il fonde Ciutadans (citoyens), un parti qui cherche à contenir la volonté d’indépendance de la Catalogne. Un temps tenté par des positions très conservatrices (il s’alliera en 2009 lors des Européennes à la coalition ultraconservatrice Libertas), le parti évolue vers un centrisme plus modéré, mais continue à défendre l’unité de l’Espagne et de la Catalogne.


Avec la crise de la politique en Espagne, le parti, jusqu’ici catalan, acquiert une aura nationale. Pour autant, le 27 septembre, il profite des reculs des partis unionistes traditionnels pour devenir le second parti de la région avec 17,8 % des voix contre 7,4 % en 2012. Le 20 décembre, ce parti devient le quatrième d’Espagne et Albert Rivera est élu à Madrid. Il pourrait être la cheville ouvrière d’une coalition de résistance aux indépendantistes en Espagne. Il refuse, en tout cas, toute idée de référendum d’autodétermination.

Elue maire de Barcelone après les élections municipales de mai 2015, Ada Colau représente le renouvellement du personnel politique catalan. Issue de la société civile et du combat en faveur des mal logés, elle a été élue sur une liste soutenue par Podemos, le parti espagnol de gauche radicale, et par la Gauche Unie, mais elle n’est membre d’aucun parti. Prudente sur la question de l’indépendance, elle s'est ralliée un référendum d’autodétermination. A la mairie de Barcelone, elle a été soutenue par les indépendantistes d’ERC et par les unionistes du Parti socialiste catalan (PSC).


Le 27 septembre 2015, preuve de sa prudence sur la question de l’indépendance, elle ne participe pas à la campagne. Conséquence, la liste soutenue par Podemos a obtenu moins de 9 %. Mais le 20 décembre, grâce à son soutien, la gauche radicale arrive en tête en Catalogne avec 24,7 % des voix. En janvier 2016, elle annonce qu’elle entend lancer son propre parti politique. 

Ada Colau, la maire de Barcelone issue de la société civile

Albert Rivera, le jeune leader

de la droite modérée catalane 

Le Premier ministre espagnol a géré sans concession l’explosion de l’indépendantisme catalan. En évitant toute provocation, il a cherché à contraindre par les lois et l’usage du tribunal constitutionnel les avancées politiques du mouvement catalaniste. Son refus de la consultation du 9 novembre 2014 et de toute négociation a cependant contribué à la polarisation de la situation. En Catalogne, son parti, le PP, a vu son soutien s’effondrer, mais cette politique de fermeté lui a sans doute permis de gagner des voix ailleurs en Espagne.


Le 20 décembre, le PP est arrivé en tête, mais est loin de disposer de la majorité absolue. La seule chance de Mariano Rajoy de demeurer premier ministre est désormais de diviser les socialistes sur la question catalane pour empêcher une alliance entre la gauche et les nationalistes et diriger une alliance de « défense de l’unité nationale » avec Ciudadanos et le PSOE. Une stratégie qu'il compte appliquer de nouveau pour les élections du 26 juin 2016.

Mariano Rajoy, le conservateur,

garant de l'unité de l'Espagne

alt

La société civile catalane,

un acteur majeur

Le mouvement indépendantiste catalan dépasse les seuls partis politiques. Il s’inscrit aussi dans une série d’associations comme l’Assemblée nationale catalane ou Omnium. L’association des maires pour l’indépendance (AMI) a également joué un rôle dans la mobilisation de la société catalane. Le grand rendez-vous des indépendantistes, c’est la manifestation de la Diada (voir la vidéo ci-dessous), la fête nationale, le 11 septembre sur la Diagonale, la grande avenue de Barcelone qui réunit des centaines de milliers de personnes chaque année. C’est une démonstration de force devenue traditionnelle depuis 2011. L’indépendantisme est particulièrement fort dans le nord de la Communauté autonome et dans les zones rurales, où l’usage de la langue catalane est encore largement répandu. 


En retour, les unionistes catalans se recrutent principalement sur la côte et dans le sud de la Catalogne. Leur voix porte souvent moins fortement que celle des indépendantistes qui sont souvent accusés par leurs adversaires de « monopoliser » l’espace public. Il existe cependant aussi des associations unionistes, comme la Société civile catalane. La défense du statu quo a cependant une audience marginale en Catalogne et même les partis unionistes réclament des aménagements pour garantir l’identité de la région. 

Entre les deux positions, il existe un « ventre mou » d’indécis qui se retrouvent chez les abstentionnistes, mais aussi chez les électeurs des coalitions de gauche dirigées par Podemos ou chez les Démocrates-chrétiens. Dans ces partis, favorables à un référendum, l’indépendantisme n’est pas dominant, mais il est présent. Cette position ambiguë, que l’on a retrouvée chez la maire de Barcelone, Ada Colau, rend la lecture des élections du 27 septembre 2015  difficile. 

Le débat catalan porte aussi principalement sur l’avenir économique de la région. Les adversaires de l’indépendance jugent suicidaire d’isoler la Catalogne en créant des frontières avec l’Espagne et redoutent une fuite des entreprises. Les partisans de l’indépendance estiment que la Catalogne sera plus riche sans le système de solidarité interne à l’Espagne et que les atouts de la région seront renforcés après la sécession. 

alt
alt

Catalogne-Espagne :

mode d'emploi d'une séparation

alt

Le programme de la coalition Junts Pel Sí ne prévoit pas de déclaration unilatérale d’indépendance. Mais, néanmoins, elle prévoit la création de « structures d’Etat », notamment dans le domaine fiscal et social, pour permettre en 18 mois cette indépendance. La déclaration du 9 novembre 2015, approuvée par la CUP, prévoit une « désobéissance » aux autorités espagnoles qui refuseront à coup sûr ces nouvelles structures. Mais la vision de Carles Puigdemont est aujourd’hui d’engager une négociation avec Madrid sur les modalités de la sécession, négociations qui semblent aujourd’hui difficiles. 

Le gouvernement catalan devra, par ailleurs, lancer un processus constituant. Une fois ce processus achevé et le projet de Constitution de la république catalane prêt, le gouvernement pourra proclamer l’indépendance et soumettre la constitution à référendum. Sur ce point, des divergences cependant se font jour entre la CDC et ERC. Carles Puigdemont voudrait un référendum sur l’indépendance, ERC sur la constitution. 

alt

Dans les deux cas, la réaction de Madrid devrait être de rendre illégal le processus en utilisant le tribunal constitutionnel. Si Barcelone poursuit sa désobéissance, le gouvernement espagnol pourrait avoir recours à l’article 155 de la constitution et suspendre l’autonomie et le gouvernement catalan. La question sera cependant alors de savoir comment faire respecter cette décision.

La sécession catalane va poser plusieurs problèmes délicats, notamment le mode de séparation de la dette publique. Les indépendantistes catalans estiment que la dette est une arme redoutable dans leurs mains. Si Madrid refuse de négocier, la Catalogne refusera de reprendre une partie de la dette, laquelle deviendra insoutenable pour l’Espagne… Mais la question du mode de répartition sera délicate : faut-il choisir comme critères le PIB, le PIB par habitant, les recettes fiscales ou un mélange de plusieurs critères ? Les précédents laissent les portes ouvertes.

alt

Vers une Europe 

​​des Régions ?

alt
alt

Les indépendantistes catalans, à l’exception de la CUP, sont plutôt pro-européens. Ils souhaitent une Catalogne indépendante dans l’UE et la zone euro. Mais les Etats européens et les institutions européennes souhaitent-elles une Catalogne indépendante ? Rien n’est moins sûr. Avant le 27 septembre, la Banque d’Espagne avait menacé la Catalogne d’une sortie de la zone euro en cas d’indépendance et la Commission européenne avait estimé que le nouveau pays devrait formuler une nouvelle demande d’adhésion. Cette crainte avait été décisive lors du référendum écossais sur l’indépendance en septembre 2014. Le cas d’une sécession d’un Etat membre inquiète à Bruxelles, car il n’est pas prévu par les traités.

Certains voient dans les aspirations catalanes la possibilité de la naissance d’une « Europe des régions » où les Etats membres seraient finalement dissous. Mais l’ambition catalane est très différente : elle revendique un Etat de plein droit, membre de l’UE et s’asseyant à la même table que les autres Etats, à égalité avec eux. Le cœur de la pensée indépendantiste catalane, c’est précisément de ne plus être une région.

Y a-t-il un risque de contagion

de la question catalane en Espagne et en Europe ?


C’est souvent un des arguments des adversaires de l’indépendance. Il n’est pas nul, mais il est faible. En Belgique, la N-VA, parti autonomiste flamand, a profité du cas catalan pour relancer la réflexion sur l’avenir de la région. Mais le parti est membre de la coalition fédérale et ne semble pas prêt à relancer le débat avant 2019, date des prochaines élections belges. 

En Italie, certains mouvements indépendantistes en Vénétie ou en Sardaigne font parfois parler d’eux, mais leur audience est faible. La Ligue du Nord, elle, s’est éloignée de son programme sécessionniste et calque ses propositions sur celles, nationalistes, du FN français tout en cherchant à s’implanter au sud du pays. 

alt

En Ecosse, les indépendantistes du SNP demeurent le premier parti de la région et n’ont pas abandonné l’idée d’un deuxième référendum sur l’indépendance. Il est cependant encore trop tôt pour l'organisation d'un tel vote et une indépendance catalane pourrait n’avoir aucun impact sur le processus écossais. 

En France, les régionalistes corses ont remporté les élections régionales dans l’île et ont suscité un grand intérêt en Catalogne. Le mouvement indépendantiste corse n’est cependant pas majoritaire, mais il pourrait s’inspirer du mouvement catalan pour grandir. Ailleurs, en Bretagne, au Pays basque ou en Alsace, les régionalismes renaissent, mais demeurent encore marginaux pour se comparer au cas catalan. Enfin, en Roussillon, malgré la présence des partis catalans, c’est le FN, parti nationaliste français opposé à l’indépendance de la Catalogne qui est le principal parti.

alt

Elections au Parlement de Catalogne 2015 

http://resultats.parlament2015.cat/09AU/DAU09999CM_L1.htm

alt

Evolution de la dette publique espagnole (en millions d'euros)

http://www.zerohedge.com/news/2013-02-18/chart-day-spanish-debt

AUTEUR 


Romaric GODIN 

@RomaricGodin

CATALOGNE :

vers un nouvel 

État en Europe ?

DIRECTION DE LA RÉDACTION


Robert JULES

@rajules

CONCEPTION


Elodie BRINGUIER

@dizdatwhatzthat


Zouir BENTAIBA


Julie BONNEL

 

alt

9 novembre,

appel à un référendum

Artur Mas (à gauche) accepte que Carles Puigdemont devienne le nouveau président de la Generalitat en janvier 2016.

Exemplaire de la constitution espagnole

Les régions espagnoles 


Vidéo en espagnol 

Le castillan reste majoritaire 

La culture est l'un des domaines où la défense du catalan est la plus forte, notamment dans la musique, ici la chanson L'Estaca de Lluis Llach (chef de file de la chanson catalane).

alt

Palais de la Generalitat, centre de l'autorité catalane

L'arme redoutable

de la dette publique

Carles Puigdemont,

président de la Generalitat

et Oriol Junqueras,

vice président du gouvernement catalan, membre d'ERC.

Terminal de cargaison - Port de Barcelone

VOUS AVEZ APPRÉCIÉ CE GRAND ANGLE,

PARTAGEZ !

alt
alt

Galice

Castille et Leon

Asturies

Estremadure

Castille la manche

Andalousie

Aragon

La Rioja

Catalogne

Murcie

Iles baléares

Cantabrie

Pays

Basque

Navarre

Valence

Madrid

alt

Le 27 septembre 2015, les partis indépendantistes obtenaient la majorité absolue des sièges au parlement catalan. Un président, Carles Puigdemont, a été nommé et un gouvernement formé qui doit préparer en 18 mois la sécession de la Catalogne de l’Espagne. Le processus s'annonce difficile, face à l’opposition de Madrid et à la complexité des problèmes juridiques. 

LES DERNIERS GRAND ANGLES 

alt
alt
alt

Le revenu universel, 

une fausse bonne idée ?

Les nouveaux habits de la philanthropie : l'altruisme efficace 

Chaine de Ponzi : 

​l'escroquerie indémodable